Myriam Voreppe et Antoine Picard

Les lieux où l’on marche peuvent avoir un effet décisif sur la poésie que l’on dispose dans sa tête en marchant. A cette époque j’avais pris l’habitude de regarder ‘poétiquement’ autour de moi lors de mes déplacements pédestres ; c’est-à-dire pas seulement pour éviter de me faire renverser par les autres piétons, les chiens, les arbres, les cailloux, les autobus, les automobiles, les bancs, les portes cochères ou les bornes (cela m’arrive, c’est un effet secondaire de la concentration), mais moins pragmatiquement pour prélever dans les signes que le paysage urbain propose des assemblages et des circonstances propices à la composition de poésie.

Jacques Roubaud, Poésie, éd. du Seuil, collection Fiction et Cie

 

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Nous avons marché, dans l’idée d’épuiser physiquement le territoire, de le remplir avec nos pas. Nous avons prélevé ce qui, dans les paysages, devenait des sujets photographiques, par notes visuelles. Des accidents, des petits évènements ordinaires, des incongruités. Un bosquet de fleurs dans la lumière, un nuage qui passe au dessus d’une haie, une piscine en plein montage, un tas de sable qui ressemble à une montagne, un carré d’herbe non coupé au milieu d’un lotissement en construction, un mobile-home dans un pré, un tapis déplacé pour bloquer l’ouverture d’une porte, une cabane pour enfants surélevée par des parpaings, …

Ces sujets sont devenus des prétextes à photographier le paysage, à faire l’expérience des différents types de territoire qui le composent : un vieux village perché, une plaine devenue le coeur de la commune, ses alentours qui s’étalent en lotissements, des quartiers industriels, des espaces agricoles, des forêts, la rivière Drôme et ses bords sauvages, des canaux, des zones commerciales.

Notre attention s’est particulièrement portée sur les jardins, et la manière dont les habitants occupent leur espace privé. Nous nous sommes également intéressés aux traces d’appropriations de lieux publics, qu’elles soient petites ou grandes. Par contraste, des visions fugaces de paysages à la végétation dense viennent ponctuer l’ensemble des images, comme des respirations. Tous ces sujets deviennent des évènements poétiques, prélevés au cœur de la zone de butinage des abeilles.

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